L’école du pouvoir (l’ÉNA)

3 juillet 2012

La victoire de François Mitterrand en 1981
© L’École du pouvoir

Pendant quelques jours, il est encore possible de visionner un film fort intéressant, L’École du pouvoir, sur le site de ARTE (en deux parties, première et seconde partie). Il raconte le cheminement de cinq énarques qui entrent au service de l’État au moment de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981. Lorsqu’ils sont acceptés dans cette École d’élite en 1977 (« l’élite à la française »), ils rêvent de changer de l’intérieur un système fortement inégalitaire (on appréciera ce moment où le directeur semble fier (?) de demander nommément aux deux seuls étudiants venant du monde agricole et du monde ouvrier de se lever devant tous…). L’arrivée au pouvoir de la gauche leur donnera la possibilité de « changer la vie », mais les désenchantements de la rigueur et la realpolitik en montrera vite, trop vite, les limites. Les choix devront alors être faits entre idéaux et carrière…

Certes, ces cinq jeunes ne représentent pas la « génération Mitterrand » (la copine d’Abel, qui étudie à Paris Vincennes et qui lutte contre la fermeture de son université, l’est davantage*), mais illustrent fort bien les ambitions de jeunes élites dans un contexte de changement. Ce qui m’a frappé, ce sont les comparaisons que l’on peut facilement se faire, à près de 30 ans de distance, entre deux « générations » voyant arriver la gauche au pouvoir. Je ne suis pas certain que l’enthousiasme des jeunes élites que l’on voit dans ce film se retrouve aujourd’hui avec l’arrivée de François Hollande. En tout cas, les Socialistes eux-mêmes ne reflètent pas ce même enthousiasme. À suivre…

Quant à moi, j’ai été heureux de revoir cette période de l’élection de Mitterrand, où je demeurais alors dans le sud de la France. Avec les films d’archives, on revoit les affiches électorales, les candidats de l’époque, la montée de Mitterrand au Panthéon, la sortie télévisée incroyable – alors que la télé était encore monopole public – de Valérie Giscard d’Estaing : après un bref discours en appelant à la Providence pour que tous les malheurs ne s’abattent maintenant pas sur la France, la télé le filme alors qu’il se lève et quitte la pièce au son de la Marseillaise (laissant alors la chaise vide pendant toute l’interprétation de l’hymne)… C’est en revoyant cette époque que l’on mesure mieux comment la politique est parfois une affaire de profonds clivages et non simplement un choix entre des équipes dirigeantes. Un film à voir, donc (en français ou en allemand).

* En fait, la formation donnée alors à Vincennes est à l’exacte opposée de celle de l’ÉNA. Elle ressemble davantage à une certaine tradition américaine et, en partie, à l’enseignement de mes propres cours.

Lehrjahre der Macht
1977 bis 1986, von der Aufnahme in die Eliteverwaltungshochschule ENA bis zu ihren ersten Posten mit Verantwortung: Fünf junge, ehrgeizige Politikstudenten stehen an der Schwelle, zu den staatlichen Entscheidungsträgern aufzurücken, just als sich die Machtübernahme der Sozialisten unter Mitterrand abzeichnet. ARTE TV


Hollande président

6 mai 2012

© Matthieu Riegler, CC-BY

Les choses sont donc maintenant fixées : à 20 heures, François Hollande a été élu président de la République française (51,9 %). C’est certainement un moment important. Nicolas Sarkozy souhaitait probablement, avec raison, « dépoussiérer » la fonction présidentielle, mais ce fut fait d’une façon maladroite qui lui a toujours collé à la peau. François Hollande changera-t-il du tout au tout maintenant pour adopter le style « monarque » que François Mitterrand adopta à la suite de son élection en 1981 (j’étais jeune à l’époque, mais cette métamorphose m’avait vraiment frappé) ?

François Hollande n’a pas promis de « changer la vie« , ce qui est déjà prudent puisque la suite des événements ne sera pas nécessairement facile. Si le socialiste pouvait au moins défendre un autre discours pour résoudre les crises que nous traversons en ce moment, ce serait déjà quelque chose. Le fait qu’il ne souhaite pas couper les ponts avec la chancelière allemande est aussi une bonne chose. Ce n’est pas contradictoire, au contraire.

Tiens, France 2 s’amuse encore à suivre les voitures en moto… Comme analyse, on a déjà vu mieux. Ce n’est pas pour défendre mon beurre, mais je trouve un peu dommage que les « analyses » ne soient pas plus nombreuses lors des soirées électorales en France. Il est bien d’entendre les hommes et les femmes politiques, mais je m’attendrais aussi à autre chose.

Voilà donc mes premiers commentaires à chaud…

These are my first comments after the election of François Hollande in France. I hope this Socialist president (the second one after François Mitterrand in 1981 and 1988) will bring a new discourse to solve the present crises. It is also interesting to see that he doesn’t want to break ties with Angela Merkel. The future will not be easy, however…