14 juillet !

14 juillet 2012

Bonne fête nationale à tous mes amis et lecteurs français !

Paris la nuit (par Benh LIEU SONG via Wikimedia Commons)

Saviez-vous qu’il est aussi de tradition de célébrer le 14 juillet à Liège et à Düsseldorf ?


L’école du pouvoir (l’ÉNA)

3 juillet 2012

La victoire de François Mitterrand en 1981
© L’École du pouvoir

Pendant quelques jours, il est encore possible de visionner un film fort intéressant, L’École du pouvoir, sur le site de ARTE (en deux parties, première et seconde partie). Il raconte le cheminement de cinq énarques qui entrent au service de l’État au moment de l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, en 1981. Lorsqu’ils sont acceptés dans cette École d’élite en 1977 (« l’élite à la française »), ils rêvent de changer de l’intérieur un système fortement inégalitaire (on appréciera ce moment où le directeur semble fier (?) de demander nommément aux deux seuls étudiants venant du monde agricole et du monde ouvrier de se lever devant tous…). L’arrivée au pouvoir de la gauche leur donnera la possibilité de « changer la vie », mais les désenchantements de la rigueur et la realpolitik en montrera vite, trop vite, les limites. Les choix devront alors être faits entre idéaux et carrière…

Certes, ces cinq jeunes ne représentent pas la « génération Mitterrand » (la copine d’Abel, qui étudie à Paris Vincennes et qui lutte contre la fermeture de son université, l’est davantage*), mais illustrent fort bien les ambitions de jeunes élites dans un contexte de changement. Ce qui m’a frappé, ce sont les comparaisons que l’on peut facilement se faire, à près de 30 ans de distance, entre deux « générations » voyant arriver la gauche au pouvoir. Je ne suis pas certain que l’enthousiasme des jeunes élites que l’on voit dans ce film se retrouve aujourd’hui avec l’arrivée de François Hollande. En tout cas, les Socialistes eux-mêmes ne reflètent pas ce même enthousiasme. À suivre…

Quant à moi, j’ai été heureux de revoir cette période de l’élection de Mitterrand, où je demeurais alors dans le sud de la France. Avec les films d’archives, on revoit les affiches électorales, les candidats de l’époque, la montée de Mitterrand au Panthéon, la sortie télévisée incroyable – alors que la télé était encore monopole public – de Valérie Giscard d’Estaing : après un bref discours en appelant à la Providence pour que tous les malheurs ne s’abattent maintenant pas sur la France, la télé le filme alors qu’il se lève et quitte la pièce au son de la Marseillaise (laissant alors la chaise vide pendant toute l’interprétation de l’hymne)… C’est en revoyant cette époque que l’on mesure mieux comment la politique est parfois une affaire de profonds clivages et non simplement un choix entre des équipes dirigeantes. Un film à voir, donc (en français ou en allemand).

* En fait, la formation donnée alors à Vincennes est à l’exacte opposée de celle de l’ÉNA. Elle ressemble davantage à une certaine tradition américaine et, en partie, à l’enseignement de mes propres cours.

Lehrjahre der Macht
1977 bis 1986, von der Aufnahme in die Eliteverwaltungshochschule ENA bis zu ihren ersten Posten mit Verantwortung: Fünf junge, ehrgeizige Politikstudenten stehen an der Schwelle, zu den staatlichen Entscheidungsträgern aufzurücken, just als sich die Machtübernahme der Sozialisten unter Mitterrand abzeichnet. ARTE TV


« Ça fait désordre »

13 juin 2012

Tours du Vieux-Port de La Rochelle © William Scot

J’avoue que j’attendais de voir les 7 minutes des Guignols de l’info avant de réagir à la nouvelle française du jour d’hier : la sortie de Valérie Trierweiler sur Twitter. C’est un peu du guignol, non ? « Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’années dans un engagement désintéressé ». Deux jours qu’on en parle ; deux jours dans une campagne de second tour des législatives qui ne durent qu’une semaine. On s’est interrogés à savoir quel rôle devait jouer la Première dame de France, on s’est demandé – dans une perspective de la lutte des sexes – si une femme devait toujours se taire, on s’est rappelé le souvenir pas si lointain de l’ancien président…

Personnellement, je préfère une autre image : celle de deux généraux. Que penser d’un général qui donnerait l’ordre de tirer dans un sens, alors que le second ordonnerait de tirer dans l’autre ? En termes de stratégie militaire, ce serait plus qu’absurde. Ce serait impossible. Cela ne se fait pas pour gagner une bataille. C’est montrer une grande incompétence. Toutes les questions se résument à celle-là. Car le problème ne concerne pas que le siège de Ségolène Royal. C’est la crédibilité même de la nouvelle équipe qui est remise en cause, ce qui n’est jamais très bon à la veille d’un scrutin…

* Anne-Marie Rocco offre une analyse intéressante dans Challenges.

Since yesterday, French politics has been polarised about the declaration of President Hollande’s partner, Valérie Trierweiler. The former partner of the present President, Ségolène Royal, has tried to be elected in the riding of La Rochelle for the National assembly but she didn’t get 50%+1. A second round will be required next Sunday. Contrary to the French political tradition, it will not be a left-right opposition, but Royal will be fighting against a dissident of her own party, Olivier Falorni. Thus, yesterday, the Hollande’s present partner (Trierweiler) said on Twitter that she supports Falorni against Royal (a few hours after Hollande supported Royal!). What a mess! Frankly, they look more like amateurs than political leaders. I am wondering what Machiavel would have made of that… Full story here.


Le président normal

9 mai 2012

F. Hollande aux Journées de Nantes © Jean-Marc Ayrault

Depuis dimanche dernier, on ne fait qu’entendre cette expression. François Hollande veut être un président « normal ». Les Guignols de l’info, avec leur humour mordant habituel, ont bien caricaturé la chose. À PPD qui lui demande s’il pourra l’interviewer demain matin, le nouvel élu répond qu’il n’aura pas le temps puisqu’il doit aller louer une camionnette chez Hertz pour faire son déménagement à l’Élysée avec des copains, puisqu’il est « un Français normal »…

Plus sérieusement, il convenait, me semble-t-il, de couper avec la logique du « super-président », comme je l’ai écrit dans mon article précédent. Le type de renouveau que voulait introduire Sarkozy n’a pas passé. Ce qui est intéressant de souligner, toutefois, c’est que selon certains journalistes qui l’ont connu bien avant qu’il ne soit élu, l’attitude qu’il semble adopter n’est aucunement feinte, mais correspond bien à son caractère. Le fait de s’arrêter et de discuter avec des gens, par exemple, est un comportement qui le caractérise, tout comme ce type de leadership consensuel que certains considèrent « mou ». Il faut d’ailleurs, à ce propos, lire le dernier blogue de Alexandra Szacka.

Pour un Nord-américain comme moi, ce style plus « décontracté » fait plaisir. Je me demande cependant s’il sera longtemps apprécié en France. J’attends le moment où un intellectuel s’inquiétera de « l’américanisation » du style de la politique française…

Since Sunday evening, the French press refers to François Hollande, the elected president, as the « normal president », in opposition to Nicolas Sarkozy, the « super president ». Hollande does not reject the term, on the contrary. As a journalist of the Quebec newspaper « La Presse » explains in her last paper (in French), this attitude is not « faked ». It is interesting to see how this « laid-back style » will develop. As a North American, I like it, but I will not be surprised if a French intellectual will pretty soon criticise this « Americanisation » of French politics…


Hollande président

6 mai 2012

© Matthieu Riegler, CC-BY

Les choses sont donc maintenant fixées : à 20 heures, François Hollande a été élu président de la République française (51,9 %). C’est certainement un moment important. Nicolas Sarkozy souhaitait probablement, avec raison, « dépoussiérer » la fonction présidentielle, mais ce fut fait d’une façon maladroite qui lui a toujours collé à la peau. François Hollande changera-t-il du tout au tout maintenant pour adopter le style « monarque » que François Mitterrand adopta à la suite de son élection en 1981 (j’étais jeune à l’époque, mais cette métamorphose m’avait vraiment frappé) ?

François Hollande n’a pas promis de « changer la vie« , ce qui est déjà prudent puisque la suite des événements ne sera pas nécessairement facile. Si le socialiste pouvait au moins défendre un autre discours pour résoudre les crises que nous traversons en ce moment, ce serait déjà quelque chose. Le fait qu’il ne souhaite pas couper les ponts avec la chancelière allemande est aussi une bonne chose. Ce n’est pas contradictoire, au contraire.

Tiens, France 2 s’amuse encore à suivre les voitures en moto… Comme analyse, on a déjà vu mieux. Ce n’est pas pour défendre mon beurre, mais je trouve un peu dommage que les « analyses » ne soient pas plus nombreuses lors des soirées électorales en France. Il est bien d’entendre les hommes et les femmes politiques, mais je m’attendrais aussi à autre chose.

Voilà donc mes premiers commentaires à chaud…

These are my first comments after the election of François Hollande in France. I hope this Socialist president (the second one after François Mitterrand in 1981 and 1988) will bring a new discourse to solve the present crises. It is also interesting to see that he doesn’t want to break ties with Angela Merkel. The future will not be easy, however…


Voter dimanche !

4 mai 2012

Petit message pour tous les jeunes (et les moins jeunes) Français : allez voter au second tour dimanche, c’est important. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Norman fait des vidéos

Et lorsque vous aurez fait votre choix (je ne dis pas « votre devoir », je n’aime pas cette expression), allez faire un tour sur le vidéo sur les Apple Addict. Étant moi-même un maqueux, je n’ai pu m’empêcher de rire un bon coup !


Les suites du débat

4 mai 2012

(For my English-speaking readers: an abstract in English is always provided at the end of a post in French). 

© Ex13 [CC-BY-SA-3.0]

Comme toutes les personnes intéressées par la politique française, j’ai regardé hier le débat entre les deux candidats au deuxième tour des élections présidentielles, François Hollande et Nicolas Sarkozy. Selon la presse ce matin, le premier sort légèrement avantagé à la suite de ce duel très agressif. Personnellement, Hollande m’a surpris : il avait l’air très sûr de lui alors que Sarkozy avait vraiment l’air de se débattre (ce qui est un peu normal en tant que président sortant). La presse a souvent mentionnéque les deux journalistes ne semblaient servir à rien, sauf faire respecter les temps de parole : vrai, mais il faut s’entendre. Ou bien le débat ne devient qu’une suite de questions-réponses (ce qui est généralement ennuyeux) ou bien il y a un vrai débat entre les candidats et les journalistes doivent alors être plus effacés. J’aurais tout de même aimé que les candidats répondent aux journalistes plutôt que de les ignorer complètement.

Et j’ai tout de même hurlé lorsque Hollande a coupé Sarkozy dans son discours de clôture. Il me semble que les règles auraient pu être plus strictes de ce côté.

J’ai évidemment eu un oeil sur Twitter en même temps (#debat). Je pense que c’est là où j’ai eu le plus grand enseignement. Un débat, c’est un débat. Il y a des règles, des conventions, la force de l’image… Mais j’ai vraiment été impressionné par le degré de cynisme des gens qui gazouillaient (237 000 tweets)… C’est extraordinaire, dans une démocratie, de pouvoir donner ainsi en temps réel son opinion, mais est-ce utile lorsque l’on ne fait que pour dénigrer les gens qui nous gouvernent ? Répéter ad nauseam que le débat nous ennuie ne fait pas avancer le débat. En trois heures, je crois que bien des sujets importants ont été discutés, en développant des points de vue parfois assez différents. Le débat était de haut niveau. Deux personnes ne peuvent, à elles seules, représenter toutes les nuances d’un pays. Les citoyens doivent toujours les leur rappeler, mais ridiculer continuellement le débat ne sert pas à grand chose.

Ajout: cela dit, l’humour est toujours permis. Voir l’analyse des Guignols.

Yesterday, François Hollande and Nicolas Sarkozy debated on TV during 3 hours. Generally, everything is so organized that no candidate « wins’. However, because Hollande is ahead in the polls, the press gave him the advantage and I agree. The elections will be next Sunday.