Les Négociales

25 février 2015
La finale belge francophone des Négociales au Campus 2000 de la HÉPL

La finale belge francophone des Négociales au Campus 2000 de la HÉPL

J’ai eu la chance de participer à une chouette – et intensive ! – expérience à la Haute école de la province de Liège hier soir, les Négociales. Le nom peut paraître barbare (mon correcteur orthographique le corrige tout le temps !), mais il est à l’image de ce concours original de négociation commerciale. Né en 1989 en France, il en est à sa troisième édition chez nous. Grâce à une série de “jeux de rôle”, les étudiants sont placés dans la peau d’un commercial dans une situation de négociation réelle, un “sketch de mise en situation”. J’adore ce type de formation pédagogique, mais comme il s’agit d’un concours – et qu’il doit y avoir des gagnants sur les 170 participants qui sont venus de la Fédération Wallonie-Bruxelles -, il devait y avoir des jurys et j’ai fait partie de l’un d’entre eux. La tâche était difficile ! 25 candidats ont été sélectionnés pour se rendre à la grande finale à Épinal en France à la fin mars. Quant à la finale de la soirée, elle a été retransmise sur Télé Liège. Petit cocorico : c’est la HÉPL qui a été choisie pour organiser à l’avenir le concours à l’échelon de la Fédération Wallonie-Bruxelles. De belles expériences en perspectives pour nos jeunes !


Euro 2012 et nationalisme

22 juin 2012

Depuis le début de l’Euro 2012 en Pologne et en Ukraine, les drapeaux allemands se sont multipliés dans ma région. Ici, il n’est pas rare de voir des drapeaux aux fenêtres pour les kermesses, les fêtes patronales (mon village célèbre saint Jean-Baptiste ce weekend, et on voit de grandes banderoles bleues et jaunes aux fenêtres et dans les lieux publics). Mais les drapeaux allemands, c’est du sérieux. Faut-il y voir une manifestation « nationaliste » ? Au Québec, mettre un drapeau fleurdelisé dans son jardin est courant ; il en va de même pour le Stars and Stripes aux États-Unis. La chose est moins fréquente en Europe, et cela étonne un peu.

Le terme « nationalisme » n’est pas nécessairement un concept « objectif » – comme il est souvent le cas en science politique – mais exprime une conception politique située dans l’arène du débat. À la base, on y voit une

Doctrine, mouvement politique fondé sur la prise de conscience par une communauté de former une nation en raison des liens ethniques, sociaux, culturels qui unissent les membres de cette communauté et qui revendiquent le droit de former une nation autonome (Centre nationale de ressources textuelles et lexicales).

Toutefois, le caractère relatif du nationalisme me semble être le problème fondamental dans les États multinationaux : le « Canadien » considérera souvent illégitime le nationalisme québécois sans avoir de problème avec le « patriotisme » canadien ; idem, évidemment, chez les Belges (en inversant les forces linguistiques, toutefois). C’est alors que le nationalisme de « l’autre » devient xénophobie, isolement politique et culturel… Il faudra revenir sur tout cela.

À voir le contexte de l’Euro 2012, il serait périlleux de voir une forme de « nationalisme » dans tous ces drapeaux aux fenêtres et sur les voitures. Et pourtant, quand la Grèce va jouer contre la Mannschaft ce soir, les rapprochements politiques ne seront pas très loin. Comme on pouvait le lire dans la BZ de Berlin ce matin :

Aujourd’hui à 20H45, il y a un cours de rattrapage pour les Grecs sur l’euro. Les garçons, jouez la comme la chancelière: dur mais juste!

Les Grecs, de l’autre côté, aimeraient bien évidemment se venger mais, comme dans la vie politique actuelle, ils ne partent pas favoris…

Until the end of June, everything in Europe is dominated by football (soccer, if you prefer). It is quite impressive to see the German flag everywhere in cities and towns as well as on cars! Is this an expression of nationalism? In the Euro 2012, each team represents a country, so it is « normal » to support your team with the national flag. But it is a sight we don’t see often in Europe at other times … It is quite strange to see the pseudo-political interpretation of this match. And it doesn’t seem as if the Greek team would win …



Une autre interprétation abusive

25 mai 2012

En lisant les nouvelles sur Radio-Canada.ca ce matin, un tire a attiré mon attention : « Les étudiants se bousculent aux portes des collèges privés ». En lisant l’article, j’en ai avalé mon café de travers. En fait, les seules « données » que le journaliste peut mettre en évidence pour prouver cette « bousculade » est le fait que le collège Grasset, dans le nord de Montréal, a admis 34 étudiants de plus que l’an dernier. « En outre, 130 autres étudiants ont été inscrits sur une liste d’attente, comparativement à 6 ou 7 étudiants en temps normal ». En effet, nous sommes devant un mouvement de masse. Rien de comparable aux manifestations de mardi, n’est-ce pas ?

In the series « How statistics can be badly used », this article from Radio-Canada.ca is interesting. According to the title, « Students rush to the doors of private colleges », escaping the present student strike. They would be even ready to pay up to 4000 $ per year (roughly 3100 €). But wait, how many students « rush »… Indeed, the article only says that one college in Montreal accepted 34 students more than last year, and 130 are on a waiting list… The « tendency » would be the same in other private colleges. They are right: it is a mass movement, especially if you compare with the 150 000 persons in the streets of Montreal last Tuesday…


Internationalisation du conflit étudiant

23 mai 2012

Montage réalisé par Radio-Canada.ca

Radio-Canada.ca souligne aujourd’hui que le conflit étudiant québécois a fait l’objet de nombreux articles dans les médias internationaux. Personnellement, j’ai suivi la RTBF, et le site de la société d’État canadienne en mentionne plusieurs autres :

Newsmap

J’ajouterais aussi Slate, qui publie sur le Web de bons articles touchant la politique française et internationale. France24, évidemment, a aussi parlé du « printemps érable ». De mon côté, j’ai aussi fait un petit test en essayant Newsmap, une visualisation originale des nouvelles de Google (une présentation française est aussi faite ici), mais comme nous sommes déjà 24 heures après les événements, la visualisation n’est plus très significative (je n’ai retenu que les articles canadiens, français et américains, en recherchant le mot « Quebec »). Cela m’a tout de même permis de tomber sur un article du Financial Post qui, sans ambiguïté, n’est pas en faveur du mouvement étudiant. Sous le titre « Time for Greece’s free ride to end », la chroniqueuse Diane Francis écrit :

Unruly students in Quebec are no different from the Greeks. Both have enjoyed free rides for years, both are being asked to pay their share of the tab and both are refusing to do so.
The backdrop to both situations, and likely more to come, is the Great Markdown, or the irreversible decline in living standards in developed countries due to mismanagement by democracies, debts, demographics and the success of emerging economies.
The second and third mortgages on the world’s “rich” nations means tax hikes and spending cuts in varying degrees. The protesting students and the Greeks are deadbeats, willing to go to any lengths to get out from under their share of the burden.
Obviously, the degree of discomfort is wildly variant. The Greeks are going to fall behind the Romanians in living standards in short order while the Quebec students are making a fuss over a pittance.
That makes the students, in a sense, even more irresponsible. They are protesting over inconsequential amounts that few will directly shoulder and that will, even after increases, remain the lowest fees in Canada. They are spoiled brats, fronted by kids who actually believe their “tuition crisis” is noble. Premier Charest is correct in shutting them down.

Cette opinion est-elle partagée ? J’ai été attiré par un article critiquant la méthodologie d’un sondage récent portant sur l’appui des Québécois à la crise politique actuelle. Le site de l’Observatoire des médias ACRIMED réfère au site montrealmedia qui publie un article sur la « manipulation sondagière » d’une récente Une de La Presse. Il apparaîtrait clairement que les Québécois sont en faveur de la ligne dure. Le journaliste conteste cette impression avec des arguments sur lesquels j’aimerais revenir :

  1. 800 internautes ont été interrogés par la firme CROP entre le jeudi après-midi 16 h 30, jusqu’à vendredi soir. Le journaliste critique la représentativité en soulignant que cela ne représente qu’1 Québécois sur 10 000 et conclut « peut-on sereinement affirmer que la « population  appuie massivement » lorsque 1 personne sur 10 000 a été sollicitée ? ». Ma réponse : oui, en considérant le pourcentage lié à la marge d’erreur propre à tout sondage. Dans le cas précis, cette marge s’établit à 3,45 % (pour un calcul de la marge d’erreur, on se référera à ce site et à des explications détaillées ici et ). Mais dans le cas de ce sondage Internet, il est vrai que le second point soulevé est à considérer.
  2. Le sondage n’est pas probabiliste et les répondants sont payés. Ma réponse : aujourd’hui, tous les instituts de sondage fonctionnent avec la méthode des quotas ou des panels construits à partir de répondants sur le Web. La chose est beaucoup moins chère, d’une part, et d’autre part, permet de combler des problèmes de sélection de l’échantillon. Les gens possèdent souvent plusieurs téléphones et sont difficiles à rejoindre. Le traditionnel sondage par téléphone n’est donc plus aussi fiable. La confiance dans l’utilisation des panels Web est encore loin d’être partagée dans la profession. En 2010, Claire Durand, spécialiste des sondages à l’Université de Montréal, se montrait « prudente ». Je suis de son avis, tout en reconnaissant que dans l’intérêt même des firmes, de tels sondages s’améliorent.
  3. Toute la période d’enquête n’a été faite alors que la loin finale a été adoptée. Ma réponse : il s’agit d’un argument important, mais je ne crois pas que pour la majorité des Québécois, les changements qui ont été apportés ont été si importants dans leur jugement général.
S’il y a « manipulation », elle ne vient pas du sondage lui-même, mais bien dans la sélection des résultats et dans la présentation visuelle.

Patrick Lagacé, sur son blogue, écrit une réplique générale à tous ceux qui considèrent que le journal pour lequel il travaille est vendu au gouvernement Charest. Si ce n’était que pour la caricature de Chapleau, un détour par cet article en vaut la peine…

This post is difficult to translate. I discuss the role of the international media and the surveys during the student crisis in Quebec. Some links are in French, others are in English. You can click on some of them to have a better idea. I strongly recommend to look at the Marcos Weskamp’s newsmap. It is an interesting visualisation of Google News.