La participation civique et politique des jeunes en Europe : obstacles et facilitations (sous la direction de Michel Born)

6 avril 2016

participation des jeunesPrésentation : Tout le monde semble s’entendre pour reconnaître que la participation politique est en déclin et que les jeunes montrent peu d’enthousiasme, non seulement à l’idée d’aller voter, mais aussi à prendre une part active dans les partis politiques. Mais au-delà de cet apparent consensus on peut se demander, d’une part, si le constat est aussi clair pourtous les  pays d’Europe ou tous les groupes sociaux constituant « la jeunesse » et, d’autre part, quels sont les obstacles à un intérêt et une participation à la vie politique.

La recherche européenne PIDOP « Processes Influencing Democratic Ownership and Participation », fournit une occasion unique d’explorer les mécanismes, les obstacles et les facilitateurs de la participation civique et politique des jeunes.

Sommaire

  • La participation civique et politique des jeunes en Europe. Présentation [téléchargez l’introduction au format PDF]
 Michel Born
  • Le rôle de la discrimination et d’autres facteurs dans la participation politique des jeunes d’origine immigrée 
Dimitra Pachi
  • Enjeux de citoyenneté et de participation politique des jeunes à la croisée des rapports sociaux 
Claire Gavray
  • Sens de l’efficacité en tant que prérequis au maintien d’une participation civique et politique
 Sara Alfieri, Michel Born, Daniela Marzana
  • Le sentiment d’efficacité chez les jeunes peut-il faciliter le passage à l’action collective ?
 Zuzana Scott, Jan Šerek, & Petr Macek
  • L’impact de la participation dans des organisations religieuses : l’exemple des jeunes migrants d’origine turque en Allemagne
 Philipp Jugert, Peter Noack
  • Une stratégie de prévention de la radicalisation violente des jeunes
 Katrin Euer, Anke Van Vossole, Anne Groenen, Karel Van Bouchaute
  • Quelle action psycho-éducative contre la radicalisation violente chez les jeunes ? Dominique Helin, Fabienne Glowacz et Seyfi Kumlu
  • Voter à 16 ans : une idée pour contrer l’apolitisme des jeunes ? Bernard Fournier

Résumés : [accéder ici aux résumés des articles (français -anglais – espagnol)]

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Droit de vote à 16 ans (bis)

30 janvier 2013

Clip 2013-01-29 à 20.04.20J’aimerais poursuivre la réflexion sur le droit de vote à 16 ans, surtout à la suite de l’excellent dossier consacré à ce sujet par Florence Meney, de Radio-Canada (et il n’est pas excellent, dois-je le préciser, parce qu’elle reprend certains de mes travaux sur le sujet !!). Tous les arguments ont été bien repris et expliqués. J’aimerais cependant ajouter une nuance à l’argument de mon collègue François Gélineau. Ce dernier a bien raison de mentionner que l’abaissement de 21 à 18 ans a peut-être été un facteur important dans l’abstention. En fait, 18 ans est probablement une mauvaise « limite » pour s’initier au vote, puisque l’encadrement social y est moins fort (début des études universitaires, fréquents déplacements, premières expériences de vie en couple, etc.). Toutefois, contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette réalité peut être considérée comme un argument en faveur d’un nouvel abaissement à 16 ans, puisque l’encadrement scolaire que vivent encore la plupart des jeunes faciliterait une meilleure socialisation à l’importance du vote – en autant évidemment que des activités (telles que des parlements jeunesse, des simulation d’élections…) soient organisées pour sensibiliser les jeunes. De telles activités sont beaucoup plus profitables, me semble-t-il, que le simple apprentissage de données factuelles sur les régimes électoraux, mais c’est une autre question…

En passant, deux avis intéressants à consulter sur le sujet : celui d’Antoine Robitaille dans Le Devoir et celui du maire du 4e arrondissement de Paris (les Français réfléchissent aussi à la question, paraît-il, pour mettre « la jeunesse au cœur de [la] vie démocratique »).

Mise à jour : petite correction par rapport à mon article d’avant-hier : Pauline Marois a rencontré Alex Salmond à Édimbourg hier. D’ailleurs, il faudrait que je reparle davantage du fait qu’elle n’a pas rencontré Bart de Wever au cours de son séjour en Europe. Les Belges (francophones !) l’ont remarqué.

It is nice to see the result of your research in the media and this is what I experienced today. The website of Radio-Canada posted a full dossier on the issue of the right to vote at 16 year old with some of my work (especially a research where 200 young French-speaking Belgians gathered in Liège in 2009  for a whole day of debates and discussions on the issue, inspired by the method of “citizen conferences”). At the end of the day, only 22% agree to lower the right to vote. In an article to be published soon (“Who Is Ready to Vote at 16?” New Perspectives in the Study of Political Reasoning), I conclude: « No social or electoral necessity calls for a change of this threshold today in Belgium, but it could happen in the future. In fact, when we analyse the data collected on the issue of lowering the voting age to 16, one option seems to emerge: 82% would accept the idea of lowering the voting age to 16 if it was not mandatory. » In my view, lowering the right to vote cannot be done without increasing largely the socialisation to politics, particularly in school.


Droit de vote à 16 ans au Québec ?

28 janvier 2013

shapeimage_3Belle surprise ce matin en écoutant les informations et en lisant les journaux : on y parle de mon sujet de recherche préféré ! Bon, seulement quelques lignes, mais il semble que la Première ministre du Québec, Mme Pauline Marois – qui rencontrera aujourd’hui le Premier ministre écossais – pense qu’il vaut la peine de réfléchir à l’idée d’abaisser le droit de vote à 16 ans « lors d’un référendum ou de futures élections générales, sans démontrer particulièrement d’enthousiasme » :

Ce sera intéressant de voir quels sont les arguments qui ont amené M. Salmond et son gouvernement à peut-être tenir cette hypothèse.

Quand on a discuté de cela au Parti québécois, il y a eu beaucoup de critiques. On nous a interpellés. Qu’un autre chef d’État songe à faire cela, ça veut peut-être dire que ce n’est pas si bête finalement.

Disons tout de suite qu’il est souvent malheureux que de telles décisions (je pense ici à l’Écosse) se prennent souvent avec des objectifs clairement politiques en tête. Cela ne facilite pas les débats. La question, évidemment, dépasse le résultat d’une élection. Pourquoi faudrait-il accorder le droit de vote à partir de 16 ans ? Pourquoi faudrait-il s’y opposer ?

Disons tout de suite que les jeunes eux-mêmes, selon les quelques enquêtes que nous avons sur la question, ne sont généralement pas majoritairement en faveur de l’idée. Je n’ai plus de données récentes au Québec, mais en Belgique, une enquête auprès des jeunes Belges francophones indiquaient que seulement 15 % d’entre eux étaient d’accord avec l’idée. À notre avis – et c’était l’objectif d’une recherche que nous avons réalisée en 2009 – c’est seulement à la suite de discussions, de délibérations, que l’on peut évaluer la force réelle d’une opinion sur un tel sujet (dans cette recherche, d’ailleurs, l’idée d’abaisser le droit de vote à 16 ans était passée de 6 % à 22 %).

De très nombreux arguments ont été étudiés sur cette question. Dans cette recherche, nous avions identifié 9 arguments. Voici comment ils ont été évalués par les jeunes au début de la recherche.

À 16 ans, les jeunes ne connaissent pas assez la politique pour voter 90
La maturité d’une personne ne dépend pas de son âge 72
Beaucoup d’adultes n’ont pas plus d’intérets envers la politique qu’un jeune de 16 ans 72
À 16 ans, on est moins responsable qu’à 18 ans 69
À 16 ans, les jeunes voteraient comme leurs parents 66
Les partis politiques s’intéresseraient davantage aux jeunes s’ils pouvaient voter plus tôt 48
Voter à 16 ans rendrait les jeunes plus responsables 44
Les jeunes seraient plus intéressés à la politique s’ils votaient à 16 ans 27
Les jeunes sont assez matures pour voter à 16 ans 8

En Autriche, où l’on peut voter à 16 ans depuis 2007, il a été déterminé qu’accorder un tel droit avait bien stimulé la participation et l’intérêt (voir les travaux d’Eva Zeglovits). Mais pour combien de temps ? Il apparaît évident que l’adoption d’une telle mesure, dans les conditions actuelles, devrait se faire en encourageant aussi une série d’activités de conscientisation dans les écoles, par exemple. Cela devrait faire partie d’une oeuvre de « socialisation politique » (et non seulement un calcul électoral…). Il faudra y revenir…

There is no English translation of this post. If you are interested in the topic of the right to vote at 16, you can consult this article or the work of Eva Zeglovits.


Polémiques à l’école

24 septembre 2012

Armand Colin vient de publier un nouveau livre, Polémiques à l’école, sous la direction de Geoffrey Grandjean et Grégory Piet. Cet ouvrage aborde différentes facettes de l’école comme lieu de socialisation et comme arène publique :

C’est précisément la manière dont l’école apporte sa pierre à l’édifice de l’étude du lien social qui est au coeur de cet ouvrage. Quelle est la contribution de l’école dans la façon de concevoir le vivre ensemble au sein d’une société placée sous l’autorité d’un système politique ? Pour y répondre, les auteurs montrent que l’école peut être entendue comme une arène où se rencontrent de multiples acteurs, comme un lieu de confrontation et aussi comme un lieu de socialisation. Une dimension internationale est ici privilégiée en prenant appui sur des cas français, belges, canadiens, américains, espagnols ou encore libanais.

J’apporte aussi une contribution à cet ouvrage en signant la conclusion, « L’école comme nouveau lieu de socialisation politique ». J’y profite, entre autres, pour présenter des résultats de mes recherches sur le droit de vote à 16 ans.

A new book on controversies at schools has been published, in French, by Armand Colin. I wrote its conclusion: « School as a New Agency of Political Socialisation ». My arguments are based on my research on the right to vote at 16.


Voter à 16 ans, un droit ?

21 avril 2012

Ce court texte a été écrit pour Newsring.fr. Short English translation below.

© Eelco.H

Pourquoi donner le droit de vote à 16 ans ? Personne ne le revendique ! Les jeunes de cet âge s’intéressent-ils assez à la politique et sont-ils prêts à voter ? En fait, poser ainsi simplement la question est plus problématique qu’on ne le pense… Selon cette logique, il faudrait peut-être penser alors à relever le droit de vote à 21, voire 25 ans, et même pourquoi pas, à le retirer à la fin de la vie, où les taux de participation sont encore plus faibles ? En effet, c’est autour de 35-55 ans que la plupart des citoyens s’intéressent à la politique, pour toutes sortes de raisons liées au cycle de vie.

Dans un sondage que nous avons réalisé en Belgique francophone en 2009, 8 jeunes sur 10 se prononçaient spontanément contre le droit de vote à 16 ans. Surprenant ? Pas vraiment. Une telle question, peu discutée et engageant plusieurs dimensions de la vie d’un individu, se mesure mal à l’aide d’un sondage classique. Tous les arguments en faveur et en opposition doivent être connus et discutés. Et c’est ici que la chose devient intéressante. Lorsque des groupes comme le Conseil de la jeunesse francophone de Belgique ou la Conférence jeunesse de l’Union européenne de la présidence danoise s’interrogent sur le droit de vote à 16 ans, c’est d’abord dans le but de stimuler les discussions sur cette question. Autoriser aujourd’hui le droit de vote à 16 ans serait difficile (même si l’Autriche l’a bien fait à tous les niveaux électoraux en 2007, ne l’oublions pas) ; par contre, l’inscrire dans une politique où, dans le cadre d’une éducation citoyenne, les jeunes seraient davantage initiés aux débats, aux questions sociales, au vote aussi, voilà ce qui aurait tout son sens. C’est ce que réalisent eux-mêmes les jeunes engagés.

Penser la question en terme de droit, à notre avis, brouille trop les cartes. Il faut la voir dans le cadre d’une réflexion plus large pour stimuler l’intérêt politique chez les jeunes, par le biais de la famille, bien sûr, mais surtout de l’école. Parler du vote à 16 ans serait ainsi, paradoxalement, une mesure permettant de contrer le désintérêt de nombreux jeunes à la politique.

This text was written for Newsring.fr. It presents quickly some arguments « in favour » of the right to vote at 16. First of all, it must be recognised that few young people claim this right. In fact, they are not interested in politics at all! But if we only consider this argument, perhaps the 35-55 should be the only citizens allow to vote, because it’s the most active period of interest in politics. No really, using a survey for measuring the will of the youth – and the whole population – on this issue is problematic: they haven’t really thought about the issue before answering such a question. This is why youth organisations which agree with this idea claim first of all a real debate on the issue. This attitude is mature, because it would be difficult to implement it (although Austria did it in 2007). In fact, lowering the right to vote could be perceived as a dynamic in our education system to initiate the youth to debates, social issues, even the processes of voting. It could look as a paradox, but giving the right to vote at 16 could be a way to reduce the disinterest of youth in politics…