Droit de vote à 16 ans au Québec ?

shapeimage_3Belle surprise ce matin en écoutant les informations et en lisant les journaux : on y parle de mon sujet de recherche préféré ! Bon, seulement quelques lignes, mais il semble que la Première ministre du Québec, Mme Pauline Marois – qui rencontrera aujourd’hui le Premier ministre écossais – pense qu’il vaut la peine de réfléchir à l’idée d’abaisser le droit de vote à 16 ans « lors d’un référendum ou de futures élections générales, sans démontrer particulièrement d’enthousiasme » :

Ce sera intéressant de voir quels sont les arguments qui ont amené M. Salmond et son gouvernement à peut-être tenir cette hypothèse.

Quand on a discuté de cela au Parti québécois, il y a eu beaucoup de critiques. On nous a interpellés. Qu’un autre chef d’État songe à faire cela, ça veut peut-être dire que ce n’est pas si bête finalement.

Disons tout de suite qu’il est souvent malheureux que de telles décisions (je pense ici à l’Écosse) se prennent souvent avec des objectifs clairement politiques en tête. Cela ne facilite pas les débats. La question, évidemment, dépasse le résultat d’une élection. Pourquoi faudrait-il accorder le droit de vote à partir de 16 ans ? Pourquoi faudrait-il s’y opposer ?

Disons tout de suite que les jeunes eux-mêmes, selon les quelques enquêtes que nous avons sur la question, ne sont généralement pas majoritairement en faveur de l’idée. Je n’ai plus de données récentes au Québec, mais en Belgique, une enquête auprès des jeunes Belges francophones indiquaient que seulement 15 % d’entre eux étaient d’accord avec l’idée. À notre avis – et c’était l’objectif d’une recherche que nous avons réalisée en 2009 – c’est seulement à la suite de discussions, de délibérations, que l’on peut évaluer la force réelle d’une opinion sur un tel sujet (dans cette recherche, d’ailleurs, l’idée d’abaisser le droit de vote à 16 ans était passée de 6 % à 22 %).

De très nombreux arguments ont été étudiés sur cette question. Dans cette recherche, nous avions identifié 9 arguments. Voici comment ils ont été évalués par les jeunes au début de la recherche.

À 16 ans, les jeunes ne connaissent pas assez la politique pour voter 90
La maturité d’une personne ne dépend pas de son âge 72
Beaucoup d’adultes n’ont pas plus d’intérets envers la politique qu’un jeune de 16 ans 72
À 16 ans, on est moins responsable qu’à 18 ans 69
À 16 ans, les jeunes voteraient comme leurs parents 66
Les partis politiques s’intéresseraient davantage aux jeunes s’ils pouvaient voter plus tôt 48
Voter à 16 ans rendrait les jeunes plus responsables 44
Les jeunes seraient plus intéressés à la politique s’ils votaient à 16 ans 27
Les jeunes sont assez matures pour voter à 16 ans 8

En Autriche, où l’on peut voter à 16 ans depuis 2007, il a été déterminé qu’accorder un tel droit avait bien stimulé la participation et l’intérêt (voir les travaux d’Eva Zeglovits). Mais pour combien de temps ? Il apparaît évident que l’adoption d’une telle mesure, dans les conditions actuelles, devrait se faire en encourageant aussi une série d’activités de conscientisation dans les écoles, par exemple. Cela devrait faire partie d’une oeuvre de « socialisation politique » (et non seulement un calcul électoral…). Il faudra y revenir…

There is no English translation of this post. If you are interested in the topic of the right to vote at 16, you can consult this article or the work of Eva Zeglovits.

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