Élections communales en Belgique

Hôtel de ville de Verviers © Site officiel de la ville de Verviers

Le 14 octobre dernier avaient lieu en Belgique les élections communales. Comme je ne suis pas spécialiste de la question, j’ai demandé à un collègue et ami, Geoffrey Grandjean, maître de conférences au Département de science politique de l’Université de Liège, de me livrer ses impressions. Puisqu’il fut le « politologue de service » lors de la soirée électorale pour la télévision locale Télévesdre (qui couvre l’arrondissement de Verviers, dans l’est de la Wallonie (près de la frontière allemande), il a bénéficié d’un point de vue tout particulier. Je lui laisse donc la parole (sorry for my English readers: this post on the last municipal elections in Belgium will only be in French).

Le politologue et les médias

Ce dimanche 14 octobre 2012, nombreux ont été les politologues invités sur les plateaux de télévision pour commenter les résultats des élections communales belges. J’ai eu l’occasion de participer à cette grand-messe politologique suite à l’invitation d’une chaîne de télévision locale, Televesdre. J’en ai retiré quelques enseignements intéressants permettant de mieux cerner la relation qui unit les politologues aux médias.

Une soirée électorale, c’est d’abord et avant tout la valse des représentants politiques qui se succèdent sur un plateau. Quand il s’agit d’élections communales, cette valse est d’une rapidité intense. À titre d’exemple, lors de la soirée électorale, la rédaction a souhaité que les représentants de chacune des 29 communes qui composent l’arrondissement de Verviers – arrondissement couvert par la chaîne de télévision locale –, défilent sur le plateau pour débattre des résultats ; le politologue étant là pour recadrer le débat à tout moment. Sur six heures de direct, peu de temps est donc laissé à une analyse détaillée des résultats. Pour cause : il faut éviter que le téléspectateur ne décroche trop vite.

Cette rapidité a pour conséquence majeure que le politologue doit pouvoir répondre rapidement aux interpellations des journalistes par de très courtes interventions. Le temps médiatique n’est pas le temps de l’analyse. Il est donc impossible pour le politologue de livrer des analyses de fond. Il doit réduire la réalité à sa plus simple expression, quitte à devenir caricatural. L’objectif est clair, le téléspectateur doit comprendre rapidement pour pouvoir assurer un enchaînement des séquences télévisées. Le politologue qui se frotte aux médias est dès lors confronté à un important dilemme : soit livrer une analyse de fond (ce qui ne correspond pas au temps médiatique) ; soit réduire son propos à quelques éléments clés (ce qui ne correspond pas à son métier de scientifique). On peut ainsi comprendre aisément pourquoi certains politologues sont médiatiques et d’autres pas… D’aucuns ont bien compris qu’il fallait faire la part des choses et séparer l’activité de scientifique de la prestation médiatique. Il s’agit d’une constatation basique, certes. Mais, je peux bel et bien affirmer que ce n’est pas aisé, pour un politologue de livrer des analyses très simplifiées. En effet, son métier lui apprend la nuance, la modération, la multiplicité des causes d’un événement et la pluralité des conséquences. Il doit donc faire le deuil de son habit scientifique. Mais, c’est le prix à payer pour tenter de mieux faire connaître le monde politique aux citoyens.

Ensuite, je suis toujours étonné du souvenir que peut laisser un passage sur un plateau de télévision. Les quelques échos que j’ai reçus vont tous dans le même sens : je semblais être à l’aise, bien habillé dans mon costume, clair dans mes propos et souriant. Même si on ne crache pas sur ce genre de commentaires positifs, j’aurais voulu que l’on contredise certaines de mes affirmations ou que l’on nuance davantage mes propos. Mais rien de tout cela. La télévision semble exercer un tel pouvoir de fascination que le plus important, c’est finalement juste d’être dans le petit écran.

Par ailleurs, j’ai été étonné de remarquer que les vainqueurs des élections ne fanfaronnent pas sur les plateaux de télévision. Que du contraire, il y a un véritable respect des adversaires politiques, même si ceux-ci ont été les perdants du scrutin. On pourrait émettre l’hypothèse selon laquelle les gagnants d’aujourd’hui ont été les perdants d’hier et seront peut-être encore ceux de demain. On pourrait aussi y voir la concrétisation d’un certain réalisme politique selon lequel au lendemain des élections, il faudra gouverner à plusieurs, surtout en Belgique où le système de représentation est proportionnel. Cela reste en tout cas surprenant lors d’une soirée électorale, lorsque la fièvre politique est à son comble. Les élus locaux font bel et bien preuve de sang-froid.

Enfin, une soirée électorale consacrée aux élections locales permet de mieux comprendre la vision des représentants politiques communaux et provinciaux, surtout en Belgique francophone. En effet, certains hommes politiques ont parfois consacré plusieurs années de leur vie à une fonction politique. Or, au soir des élections, tout peut basculer. C’est notamment le cas du bourgmestre. En effet, est maintenant élu bourgmestre, en Région wallonne, le candidat qui a le plus de voix sur la liste ayant le plus de voix parmi les groupes politiques composant la nouvelle majorité politique. Ainsi, il n’est maintenant plus rare qu’un bourgmestre ayant exercé sa fonction pendant six ou douze ans, par exemple, ne soit plus bourgmestre, voire pire, ne soit plus dans la majorité. À plusieurs reprises sur le plateau de télévision, des candidats semblaient totalement effondrés, au bord des larmes car du jour au lendemain, ils se retrouvaient quasiment sans fonction politique. Cette situation pourrait paraître anecdotique mais elle est révélatrice, me semble-t-il, de la manière dont les élus envisagent leur fonction politique au niveau local. Ils donnent l’impression de se considérer comme indispensables pour une commune. Ils n’envisagent dès lors plus la possibilité d’être évincés démocratiquement de leur fonction. Cette constatation pourrait expliquer pourquoi les accords préélectoraux ont la cote en Belgique. Ils sont en effet un moyen de rassurer les élus sur leur devenir politique. Il faut noter qu’on estime à environ 60% le nombre de communes concernées par des accords préélectoraux et que seule la moitié de ceux-ci sont respectés au lendemain des élections.

Au final, les enseignements d’une soirée électorale sont multiples. Ils permettent au politologue de mieux se positionner parmi tous les acteurs intervenants sur un plateau de télévision en donnant des indications intéressantes sur le niveau de pouvoir que constituent les communes en Belgique.

Geoffrey Grandjean

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