Polémiques à l’école

24 septembre 2012

Armand Colin vient de publier un nouveau livre, Polémiques à l’école, sous la direction de Geoffrey Grandjean et Grégory Piet. Cet ouvrage aborde différentes facettes de l’école comme lieu de socialisation et comme arène publique :

C’est précisément la manière dont l’école apporte sa pierre à l’édifice de l’étude du lien social qui est au coeur de cet ouvrage. Quelle est la contribution de l’école dans la façon de concevoir le vivre ensemble au sein d’une société placée sous l’autorité d’un système politique ? Pour y répondre, les auteurs montrent que l’école peut être entendue comme une arène où se rencontrent de multiples acteurs, comme un lieu de confrontation et aussi comme un lieu de socialisation. Une dimension internationale est ici privilégiée en prenant appui sur des cas français, belges, canadiens, américains, espagnols ou encore libanais.

J’apporte aussi une contribution à cet ouvrage en signant la conclusion, « L’école comme nouveau lieu de socialisation politique ». J’y profite, entre autres, pour présenter des résultats de mes recherches sur le droit de vote à 16 ans.

A new book on controversies at schools has been published, in French, by Armand Colin. I wrote its conclusion: « School as a New Agency of Political Socialisation ». My arguments are based on my research on the right to vote at 16.

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L’attentat du Métropolis

5 septembre 2012

Difficile de commenter la soirée d’hier.

Il est évident que l’élection d’une première femme au poste de premier ministre est un événement historique, mais la courte victoire du Parti québécois, avec seulement 54 sièges, posera certainement des problèmes pour l’adoption de son programme au Parlement (et nous reviendrons sur les estimations des sondeurs qui, qu’on le veuille ou non, ont eu des failles).

Toutefois, tout cela s’efface devant le drame qui a eu lieu au moment du discours de Pauline Marois. C’est dans ces moments que l’on comprend mieux la fragilité de la vie démocratique. Un homme armé est entré au Métropolis et a tiré, tuant un technicien et en blessant un autre. Il aurait pu toucher Mme Marois. Il faut d’abord se recueillir devant cette vie inutilement perdue et réfléchir sur les conséquences d’un tel geste.

Ce n’est pas ainsi que la démocratie doit se vivre. La grande force de nos systèmes électoraux est qu’après toutes ces joutes verbales à la défense de projets de société divers, un choix émerge que les perdants acceptent jusqu’aux prochaines élections. On n’insiste peut-être pas assez sur la grandeur de cette dynamique politique.

Before any comments, we have to reflect upon the fatal shooting at Pauline Marois Quebec victory speech. Clearly, democracy is a fragile political system.


Voter stratégique…

1 septembre 2012

La campagne électorale québécoise est maintenant terminée. Depuis le 1er août, les 3 principaux partis se sont affrontés (le Parti libéral, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec), en plus de 2 partis très minoritaires mais qui ont eu une influence suffisamment grande politiquement pour faire partie de bien des discussions (Québec solidaire et Option nationale).

Il est rare qu’un si grand nombre de partis politiques se présentent dans un système électoral « uninominal à un tour » propre à l’Amérique du Nord (et on ne compte pas les 15 autres partis de toute tendance). D’après le célèbre politologue Maurice Duverger, un tel système électoral favorise plutôt le bipartisme et tend à polariser la vie politique. La raison en est bien simple : le système est conçu de telle sorte qu’est élu dans une circonscription le candidat ayant obtenu le plus de voix (une pluralité, donc). Lorsque deux candidats se présentent, le gagnant aura nécessairement obtenu la moitié des voix plus une, mais dès que trois candidats ou plus se présentent, la majorité absolue n’est plus nécessaire pour l’emporter. Le cas classique est alors de voir le candidat du parti A gagner avec 40 % des voix, alors que le candidat B obtient 35 % et le candidat C, 25 %, par exemple. Si les voix de B et de C s’étaient portées sur un seul candidat, A aurait été battu. Voilà pourquoi ce système électoral « encourage » des luttes à deux candidats et une bipolarisation de la vie politique : un parti « au pouvoir » contre le regroupement des forces d’opposition à ce parti.

Manifestement, cette dynamique ne se produira pas au Québec cette année. Pour toutes sortes de raisons liées à l’usure du pouvoir du Parti libéral, à une faiblesse relative du Parti québécois, à la présence d’un nouveau parti (la CAQ) et au rôle non négligeable de Québec Solidaire, des résultats très serrés risquent d’être enregistrés ce soir dans de nombreuses circonscriptions. Quelques voix pourront faire la différence.

Il y a quelques jours, un débat a eu lieu sur la nécessité de voter de façon «stratégique » ou non pour cette élection. Pour comprendre cet appel, souvent lancé par les grands partis d’opposition (alors que les petits en appelleront pour un vote de conviction), il faut garder en tête la dynamique du système expliquée précédemment. Comme 3, voire 4 partis peuvent représenter potentiellement un choix d’opposition dans une circonscription, un électeur qui votera pour le parti « selon ses convictions » sans se soucier de sa place «stratégique » pour battre le candidat du parti au pouvoir risque simplement de diviser le vote… On peut en appeler à une réforme de ce mode de scrutin, reste que ce dernier est en vigueur pour cette élection et que la dynamique d’un vote doit être connue.

C’est la raison pour laquelle, depuis quelques années, on retrouve sur Internet différents sites établissant des prévisions par circonscription à partir des résultats des sondages, des traditions électorales et de différents autres facteurs. Ces analyses ont des limites (nous les étudierons après la soirée électorale…), mais elles peuvent aider le choix de l’électeur lorsque, comme cette année, plusieurs partis peuvent faire pencher la balance.

Parmi ces sites, on peut consulter : ThreeHundredEight.com (ce nom vient du nombre de circonscriptions électorales fédérales, mais l’auteur s’intéresse également aux différentes élections provinciales), Si la tendance se maintient (du nom d’une phrase célèbre prononcée traditionnellement par le présentateur vedette de Radio-Canada pour annoncer le parti gagnant au soir des élections) et Prévisions électorales. Une mention spéciale aussi pour le site de Claire Durand qui étudie les sondages depuis de nombreuses années (évidemment, il convient aussi de se référer aux maisons de sondage qui fournissent les résultats de base pour ces analyses, en particulier CROP et Léger Marketing).

Reprenons, dans un tableau, les prévisions pour la province de ces sites :

ThreeHundredEight : Parti québécois minoritaire : PQ (63) PLQ (33) CAQ (27) QS (2)

Si la tendance…Parti québécois majoritaire : PQ (66) PLQ (33) CAQ (24) QS (2)

Prévisions électoralesParti québécois majoritaire : PQ (69) PLQ (30) CAQ (23) QS (2) ON (1).

En cliquant sur les liens, chaque circonscription est analysée. L’électeur peut ainsi évaluer, en connaissance de cause, le poids de son vote selon le message qu’il souhaite faire passer.

Pour terminer, mes lecteurs européens qui souhaiteront suivre la soirée électorale devront se résoudre à passer la nuit éveillée (ce que je compte bien faire !). Si vous souhaitez suivre les résultats, je vous conseille les différentes pages du site de Radio-Canada et l’entrée #qc2012 sur Twitter. Le site q2012.info regroupe également toutes les infos et les tweets sur le sujet. Au moment où je termine cette entrée, on indique que le taux de participation est élevé. La soirée sera à suivre…

For my English-speaker followers, see the ThreeHundredEight.com website for the best information on the Quebec provincial elections. This website deals with the issue I describe in this post.