Internationalisation du conflit étudiant

Montage réalisé par Radio-Canada.ca

Radio-Canada.ca souligne aujourd’hui que le conflit étudiant québécois a fait l’objet de nombreux articles dans les médias internationaux. Personnellement, j’ai suivi la RTBF, et le site de la société d’État canadienne en mentionne plusieurs autres :

Newsmap

J’ajouterais aussi Slate, qui publie sur le Web de bons articles touchant la politique française et internationale. France24, évidemment, a aussi parlé du « printemps érable ». De mon côté, j’ai aussi fait un petit test en essayant Newsmap, une visualisation originale des nouvelles de Google (une présentation française est aussi faite ici), mais comme nous sommes déjà 24 heures après les événements, la visualisation n’est plus très significative (je n’ai retenu que les articles canadiens, français et américains, en recherchant le mot « Quebec »). Cela m’a tout de même permis de tomber sur un article du Financial Post qui, sans ambiguïté, n’est pas en faveur du mouvement étudiant. Sous le titre « Time for Greece’s free ride to end », la chroniqueuse Diane Francis écrit :

Unruly students in Quebec are no different from the Greeks. Both have enjoyed free rides for years, both are being asked to pay their share of the tab and both are refusing to do so.
The backdrop to both situations, and likely more to come, is the Great Markdown, or the irreversible decline in living standards in developed countries due to mismanagement by democracies, debts, demographics and the success of emerging economies.
The second and third mortgages on the world’s “rich” nations means tax hikes and spending cuts in varying degrees. The protesting students and the Greeks are deadbeats, willing to go to any lengths to get out from under their share of the burden.
Obviously, the degree of discomfort is wildly variant. The Greeks are going to fall behind the Romanians in living standards in short order while the Quebec students are making a fuss over a pittance.
That makes the students, in a sense, even more irresponsible. They are protesting over inconsequential amounts that few will directly shoulder and that will, even after increases, remain the lowest fees in Canada. They are spoiled brats, fronted by kids who actually believe their “tuition crisis” is noble. Premier Charest is correct in shutting them down.

Cette opinion est-elle partagée ? J’ai été attiré par un article critiquant la méthodologie d’un sondage récent portant sur l’appui des Québécois à la crise politique actuelle. Le site de l’Observatoire des médias ACRIMED réfère au site montrealmedia qui publie un article sur la « manipulation sondagière » d’une récente Une de La Presse. Il apparaîtrait clairement que les Québécois sont en faveur de la ligne dure. Le journaliste conteste cette impression avec des arguments sur lesquels j’aimerais revenir :

  1. 800 internautes ont été interrogés par la firme CROP entre le jeudi après-midi 16 h 30, jusqu’à vendredi soir. Le journaliste critique la représentativité en soulignant que cela ne représente qu’1 Québécois sur 10 000 et conclut « peut-on sereinement affirmer que la « population  appuie massivement » lorsque 1 personne sur 10 000 a été sollicitée ? ». Ma réponse : oui, en considérant le pourcentage lié à la marge d’erreur propre à tout sondage. Dans le cas précis, cette marge s’établit à 3,45 % (pour un calcul de la marge d’erreur, on se référera à ce site et à des explications détaillées ici et ). Mais dans le cas de ce sondage Internet, il est vrai que le second point soulevé est à considérer.
  2. Le sondage n’est pas probabiliste et les répondants sont payés. Ma réponse : aujourd’hui, tous les instituts de sondage fonctionnent avec la méthode des quotas ou des panels construits à partir de répondants sur le Web. La chose est beaucoup moins chère, d’une part, et d’autre part, permet de combler des problèmes de sélection de l’échantillon. Les gens possèdent souvent plusieurs téléphones et sont difficiles à rejoindre. Le traditionnel sondage par téléphone n’est donc plus aussi fiable. La confiance dans l’utilisation des panels Web est encore loin d’être partagée dans la profession. En 2010, Claire Durand, spécialiste des sondages à l’Université de Montréal, se montrait « prudente ». Je suis de son avis, tout en reconnaissant que dans l’intérêt même des firmes, de tels sondages s’améliorent.
  3. Toute la période d’enquête n’a été faite alors que la loin finale a été adoptée. Ma réponse : il s’agit d’un argument important, mais je ne crois pas que pour la majorité des Québécois, les changements qui ont été apportés ont été si importants dans leur jugement général.
S’il y a « manipulation », elle ne vient pas du sondage lui-même, mais bien dans la sélection des résultats et dans la présentation visuelle.

Patrick Lagacé, sur son blogue, écrit une réplique générale à tous ceux qui considèrent que le journal pour lequel il travaille est vendu au gouvernement Charest. Si ce n’était que pour la caricature de Chapleau, un détour par cet article en vaut la peine…

This post is difficult to translate. I discuss the role of the international media and the surveys during the student crisis in Quebec. Some links are in French, others are in English. You can click on some of them to have a better idea. I strongly recommend to look at the Marcos Weskamp’s newsmap. It is an interesting visualisation of Google News.

3 commentaires pour Internationalisation du conflit étudiant

  1. M. Fournier,

    Je vous remercie d’avoir porté une réflexion sur mon article. J’aimerais vous répondre de façon succincte :

    1. Vous avez entièrement raison pour le premier point. Ce paragraphe a été retiré peu avant la publication de votre article.

    2. « Aujourd’hui, tous les instituts de sondage fonctionnent avec la méthode des quotas ou des panels construits à partir de répondants sur le Web » : Ce n’est pas parce que tout le monde le fait que tout le monde fait bien. Cet argument n’est selon moi pas recevable. De tels sondages restent d’une fiabilité douteuse, ne serait-ce que pour la rémunération des répondants.

    3. Ceux qui ont répondu jeudi à cette enquête ignorait que la loi 78 allait porter sur le droit de manifester ! Charest a annoncé jeudi une loi spéciale qui concernerait le blocage des cégeps et universités seulement. Il a même promis de respecter le droit à la manfestation… Avancer que les Québécois ne sont pas attachés à leurs droits fondamentaux est osé, ou alors est-ce de la mauvaise foi…

    Enfin, il n’en reste pas moins que Desmarais, propriétaire de La Presse, et Jean Charest, sont très proches. Cela ne signifie pas que les journalistes de La Presse soutiennent Jean Charest, certains d’entre eux ont même dû se sentir bien mal à l’aise en découvrant la Une de leur journal.
    Toutefois, les petits coups de pouce entre amis politiques et propriétaires de journaux sont monnaie courante, inutile de s’en cacher. Connaissez-vous Le Figaro ?😉

    Bien à vous.

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    • Bonjour : je suis fort heureux que vous répondiez à mes remarques. Cela permet de nourrir un débat de fond, ce qui devrait être l’objectif de nos différents blogues. Moi aussi, je me permettrai de répondre, même si je suis globalement d’accord avec les éclaircissements que vous apportez. Ainsi, je reconnais que l’argument « tout le monde le fait, fais le donc » n’est pas très fort, et je ne fondais pas mon commentaire sur un tel argument d’autorité ! À mon avis, CROP demeure une maison sérieuse et, ne serait-ce que commercialement parlant, ce ne serait pas à leur avantage de constituer des panels biaisés. Reste que la méthode, comme je l’ai dit, peut poser problème (devons-nous alors rejeter tous les sondages ?).
      Je ne pense évidemment pas que les Québécois ne sont pas attachés à leurs droits fondamentaux ! Trois choses cependant, à la lumière de ce que nous avons vu jusqu’à maintenant. Premièrement, dans toute ville d’importance, il est normal d’indiquer aux autorités le trajet qu’empruntera la manifestation. Ce n’est pas un « droit fondamental ». Cela se fait en France, cela se fait en Allemagne. C’est même une façon de protéger les manifestants : si un groupe d’extrême droite marche contre une manifestation pacifiste, la police doit être préparée. Deuxièmement – et j’ai oublié de le préciser dans mon article – il faut faire la distinction entre une manifestation comme celle du 22 mai en après-midi et les manifestations nocturnes. Elles ne sont pas de même nature (voir celle d’hier soir, par exemple). Le grabuge n’est pas un droit fondamental.
      Troisièmement, les policiers disent eux-mêmes que dans beaucoup de cas, le code criminel permettait déjà de contrôler les débordements des foules. Donc, rien de bien nouveau ici – à part, évidemment, les amendes hors de proportion.
      Que je sois très clair, cependant : je n’approuve aucunement la loi 78 : je doute même qu’elle ait été adoptée « démocratiquement ». Il s’agit essentiellement d’une manoeuvre politique suivie par un gouvernement sans imagination.
      Finalement, je sais évidemment que les journaux défendent des orientations politiques. Dans la liste des articles que je mentionnais, je donnais aussi L’Humanité, par exemple. Sur cette question, le seule recours de celui qui veut être bien informé est de comparer les sources d’informations et de peser le plus objectivement possible les arguments. La période vécue au Québec nous en donne la plus excitante illustration.

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  2. Merci pour votre réponse. Je comprends bien vos interrogations, mais nous n’abordons sans doute pas la problématique des sondages de la même façon.

    Je pense en effet que tous les sondages d’opinion sont néfastes à la démocratie, empêchant son exercice plein. L’exemple le plus récent qui me vient à l’esprit est celui de l’élection présidentielle française. Les sondages y ont pris une telle place qu’une clique de journalistes « importants » a demandé au CSA de supprimer l’égalité de temps de parole, afin que les candidats crédités de 1 % d’intentions de vote s’expriment moins que les autres.

    C’est un effet boule de neige : avant campagne, ce sont justement les candidats préférés des médias qui sont crédités haut, parce qu’ils sont invités et tiennent la scène médiatique. Cela fait dégringoler les petits candidats qui eux n’ont pas accès aux grands médias. Arrive le temps de la campagne et on nous dit : « regardez, personne ne veut voter pour eux, pourquoi les laisser parler ? ». Je pense que nous nous trouvons face à une dérive grave et nuisible.

    Je vous recommande, si vous ne connaissez pas déjà, la lecture du texte du sociologue Pierre Bourdieu « L’opinion publique n’existe pas », ainsi qu’un site français tenu par Alain Garrigou, « L’observatoire des sondages ».

    Ensuite, concernant le droit de manifester, là encore comparer avec les autres pays me semble inapproprié. Pour le modèle québécois, il s’agit bel et bien d’une restriction importante du droit de manifester. Les lourdes amendes et les contraintes d’organisation sont très fortes. Les amendes menacent par ailleurs la liberté d’association. Je pense qu’excuser cette loi en comparant avec la France ou d’autres pays, c’est indigne.

    Je m’explique. Les partisans du gel des frais de scolarité se sont bien gardés de comparer avec la situation française, où les droits tournent autour de 400 euros par an. Ils ont eu raison de ne pas faire le rapprochement, car ils savent bien que les modèles sociaux sont très différents. Je pense qu’il en va de même pour le droit de manifestation. L’évolution des droits et libertés diffère dans chaque pays, et ne prendre que la composante manifestation d’un modèle pour défendre une loi liberticide me semble grossier. Si dans un an on supprime carrément le droit de manifester, entendra-t-on des gens affirmer que c’est correct car moins drastique qu’à Cuba ou qu’en Chine ?

    Enfin, sur la presse. Vous citez L’Humanité, très bien. Je suis globalement d’accord avec vous. Cependant, un journal comme L’Humanité affiche clairement ses positions communistes. Ici, par exemple, l’hebdo Voir met le carré rouge en Une chaque semaine. En clair, on sait ce qu’on lit. Cela devient beaucoup plus gênant lorsqu’un journal n’affiche pas clairement sa position et se revendique d’une neutralité et d’une objectivité totale. Cela est impossible et trompe le lecteur, comme on a pu le constater avec ce « sondage » totalement idéologique présenté comme une info objective par La Presse.

    Je préfère définitivement un journalisme subjectif et engagé qui affiche haut ses couleurs plutôt qu’un journalisme subjectif et engagé qui se drape dans un mythe d’objectivité bien dépassé.

    Bien à vous.

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