Manifestations étudiantes – suite

By Riba (Own work) (CC-BY-SA-3.0)

Le boycott (ou la grève) des cours par les étudiants de certaines facultés se poursuit toujours au Québec. Les défilés pacifiques laissent maintenant place à de la violence. Une certaine désinvolture affichée hier par le Premier ministre à l’occasion d’un lunch avec des gens d’affaires risque de marquer un tournant dans les événements. Le site web de la RTBF fait aujourd’hui un compte rendu assez objectif de la situation. Pour une version plus critique des événements, on pourra lire le dernier texte d’André Pratte, éditorialiste de La Presse. Pour l’heure, on ne semble pas voir d’issue à la crise…

Student strike is still going on in Quebec, closing several Departments in Quebec universities. Yesterday, a speech given by the Premier Jean Charest didn’t help to calm violent events. Do they really want to find a solution?

5 commentaires pour Manifestations étudiantes – suite

  1. Un mouvement comparable a eu lieu récemment dans les rues anglaises si mes souvenirs sont exacts. Il en a été de même en France lorsque Valérie Pécresse a voulu réformer le système universitaire il y a plusieurs années maintenant. Mais hormi dans le cas anglais, la violence n’avait rien de comparable.

    Un tel mouvement serait-il possible en Belgique? Je veux dire la mobilisation des étudiants en « syndicat » tel que la Fédé ou l’AGEL est-elle aussi forte et durable que dans ces pays-là où la mobilisation est-elle plutôt opportuniste?

    J’ai toujours tendance à croire qu’une minorité s’active de manière durable mais que des événements de masse ne se produisent que lorsque son propre intérêt est menacé, comme dans le cas frais de scolarité ici.

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  2. Peut-être puis-je contribuer à la discussion, puisque je suis personnellement impliqué dans le conflit ! Ainsi, dans mon institution (le Cégep de Sherbrooke), la grève étudiante dure déjà depuis la semaine du 27 février. Je participe activement à toutes les assemblées générales, étant notamment représentant des étudiants en Sciences de la nature.

    Il est vrai que cet enjeu est en train de prendre des proportions absolument gigantesques dans la Belle Province. L’impasse actuelle occupe une très large place dans les médias, étant donné l’ampleur inégalée du mouvement ainsi que les coups d’éclat des derniers jours. De nombreux constats peuvent être effectués.
    D’abord, l’État et de nombreux commentateurs ont eu l’odieux de minimiser l’ampleur de la crise, ce qui a provoqué une radicalisation des mouvements. Plutôt que d’adopter une position mitoyenne dès le début du conflit, l’État a misé sur le maintien de sa ligne dure ; il espérait ainsi que le mouvement de grève s’essouffle et que tout rentre dans l’ordre. Cependant, c’était un affreux calcul : le premier ministre et ses stratèges ont largement sous-estimé l’ardeur des étudiants. Les factions radicales étant impossibles à museler, il était évident qu’un prolongement du conflit mènerait à des débordements. La dérive actuelle était entièrement prévisible et évitable, c’est malheureusement l’État qui en est responsable, par son intransigeance paternaliste et moqueuse.
    Au-delà de tout ceci, il est scandaleux de constater l’absence d’argumentaire rationnel justifiant la position gouvernementale. Il est répété ad nauseam que la hausse des droits de scolarité est devenue NÉCESSAIRE après quelques années de gel des frais institutionnels obligatoire (FIO). Si l’augmentation de 75 % des FIO représente une dépense considérable pour les étudiants, l’argent ainsi récolté ne représente qu’une parcelle du budget de l’État ! Globalement, cette somme représente moins de 0,2 % du budget québécois. Bref, prétendre que la hausse des FIO est nécessaire, c’est carrément nier la capacité de l’État à faire des choix ; c’est affreusement fataliste. À quoi sert un gouvernement scandant l’inévitabilité d’une dépense aussi dérisoire ?

    En définitive, il est aussi important de comprendre que la crise actuelle transcende maintenant la question des frais de scolarité. En fait, la crise met en lumière le pouvoir politique des jeunes Québécois. Ainsi, les votes de grève permettent à la jeunesse étudiante d’entreprendre une considérable action citoyenne. Le « Printemps érable » est une ode à la démocratie ; cela rappelle à tous que le devoir citoyen n’est pas qu’une chose qu’on jette tous les quatre ans dans une urne.

    PS : Bernard, lorsque tu commentes le sujet, je te conseille de mettre en référence des textes de quotidiens indépendants (ex : Le Devoir), plutôt que les éditoriaux de monsieur Pratte. La partialité flagrante du journal La Presse dans ce dossier d’actualité est aussi risible que déplorable !

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    • Merci pour ce commentaire qui permet réellement de lancer un débat. Étant à Montréal depuis hier, je peux témoigner de ma surprise de voir autant de petits carrés rouges sur la boutonnière des gens !! À n’en pas douter, c’est un grand mouvement. Reste à savoir maintenant quelles solutions le mouvement étudiant imagine pour pouvoir sortir de l’impasse. En passant, j’ai cité dans un des articles de ce blogue l’édito de Pratte en connaissance de cause, pour montrer un point de vue différent. Tous les commentateurs de ce journal ne sont toutefois pas systématiquement contre les étudiants, comme Patrick Lagacé.

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  3. À Quentin Genard :

    On doit noter que le mouvement étudiant actuel dépasse largement tout précédent Québécois. Ainsi, la durée de la grève est inégalée et la violence est malheureusement devenue endémique. Pour vous donner une idée de l’ampleur du mouvement, on peut se rappeler que le 22 mars avait lieu une manifestation nationale dans les rues de Montréal. Le résultat a été époustouflant, car plusieurs croient qu’il s’agissait du plus grand rassemblement de l’histoire canadienne ! Bref, le mouvement actuel est véritablement exceptionnel.

    Toutefois, il faut se rappeler que les étudiants québécois n’en sont pas à leur première grève (c’est la 8e depuis 1968) et que ce mouvement syndical a toujours été très organisé. Nous disposons notamment de trois fédérations nationales plutôt belliqueuses (l’ASSÉ, la FECQ et la FEUQ)… Un mouvement d’une telle ampleur nécessite donc des institutions particulières, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays ou dans toutes les provinces canadiennes !

    Enfin, vous écrivez aussi : « J’ai toujours tendance à croire qu’une minorité s’active de manière durable, mais que des événements de masse ne se produisent que lorsque son propre intérêt est menacé, comme dans le cas frais de scolarité ici. » Pourtant, il est fascinant de constater que plusieurs des grévistes actuels ne seront jamais touchés par l’actuelle hausse des frais de scolarité ! Ainsi, plusieurs grévistes acharnés étudient dans les programmes Techniques des Cégeps (c’est-à-dire qu’ils se dirigent directement sur le marché du travail sans passer par l’université). Aussi, la hausse des frais s’échelonnant sur quelques années, ceux qui y gouteront le plus amèrement ne sont aujourd’hui âgés que de 13 ans. Et ce ne sont pas eux qui sortent dans la rue ! Bref, le mouvement actuel n’a donc rien d’individualiste. Au contraire, il s’agit d’un mouvement de pure solidarité.

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  4. Tu as tout à fait raison lorsque tu mets en doute la capacité des leaders étudiants à trouver un terrain d’entente. Les opinions sont très partagées parmi les grévistes : certains se contenteraient d’une bonification des prêts et bourses, tandis que d’autres exigent un réaménagement complet du financement universitaire ! Bref, il ne sera pas facile d’adopter une position satisfaisant tous les étudiants ; toute proposition gouvernementale sera néanmoins traitée et débattue en assemblée.

    Pour ce qui est de l’éditorial, je comprends tout à fait pourquoi tu as mis ce texte ; c’est une bonne façon d’enclencher le débat ! Tu as aussi raison de dire que tous les journalistes de La Presse ne sont pas antigrévistes.

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