Club des mal-cités ? (ajout)

29 avril 2012

J’ai écrit un petit commentaire sur le site du Devoir à la suite de l’article de Jean-François Nadeau.

À signaler aussi, un débat entre Raymond Hudon et Jean-Noël Tremblay dans le Journal de Québec : « Les protestations étudiantes qu’a connues le Québec depuis quelques semaines rappellent-elles les manifestations étudiantes de la fin des années 60? ».

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Club des mal-cités ?

29 avril 2012

En général, je suppose qu’on aime bien que nos ouvrages quittent les cénacles universitaires et soient cités dans la presse. Ce ne fut malheureusement pas le cas pour moi aujourd’hui.

J’ai été surpris de lire dans le Devoir, sous la plume de Jean-François Nadeau, l’extrait suivant :

Alors que l’image de la jeunesse sert partout à fleurir des publicités qui chantent l’insouciance individuelle et la consommation de toutes les illusions comme mode de vie par excellence, la jeunesse réelle du Québec en appelle au contraire, depuis des semaines, à en finir avec cette idée factice du chacun pour soi inoculée par les publicitaires.

(…)

« Les jeunes ne s’intéressent pas à la politique et n’ont plus le goût de l’engagement », répétaient encore il y a peu de temps tous les spécialistes d’un colloque tenu à Liège et dont les travaux viennent d’être colligés, sous le titre d’Engagements citoyens et politiques de jeunes, par Raymond Hudon et Bernard Fournier, aux Presses de l’Université Laval.

Que des dizaines de milliers d’étudiants québécois participent depuis des semaines à des réunions, des assemblées, des débats et des manifestations contribue certainement à démontrer que le réel de cette génération ne s’emboîte par exactement dans la boîte où on la range d’ordinaire. Après tout, si ceux qui représentent la suite du monde s’intéressent moins à la politique traditionnelle que certains le souhaiteraient, c’est peut-être parce que cette politique ne s’intéresse plus à ce qu’ils sont devenus, ni à ce qu’ils souhaitent devenir.

Puis-je faire remarquer à M. Nadeau que :

  1. l’article de Raymond Hudon, d’où provient cet extrait, ne vise qu’à illustrer l’opinion de ceux qui professent sans réfléchir, que cette « thèse » n’a jamais été démontrée par aucun participant au colloque (au contraire, comme le montre le livre !) et que tous nos travaux ne s’inscrivent aucunement dans cette ligne de pensée ;
  2. j’ai bien rappelé, en conclusion, que de nombreux événements récents ne nous permettaient certainement plus de véhiculer cette image (le mouvement des Indignés en est la preuve) et qu’au moment où le volume est allé sous presse, bien malin aurait été celui qui aurait pu prévoir un tel mouvement de grève au Québec ;
  3. nous n’avons de cesse de rappeler que la jeunesse n’est pas une réalité homogène ! Si on peut s’enthousiasmer devant réunions et assemblées auxquelles participent des milliers de jeunes, d’autres s’opposent à cette grève, ont même terminé leurs cours et auront réussi leur session…

Je me console en pensant qu’en bien ou en mal, le mieux est qu’on en parle… mais je souhaitais tout de même faire ces rectifications !

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Some personal reactions to an article written in the Montreal newspaper Le Devoir. The columnist, Jean-François Nadeau, quoting our recent book, suggests that we agreed with the idea that young people are disengaged, but the demonstrations in Quebec show that academics are often « wrong ». I think he should better read our book…


Réflexion sur l’engagement à Québec

27 avril 2012

Je sors de deux jours et demi fort intensifs consacrés à une réflexion sur l’engagement des jeunes. Plus d’une trentaine de chercheurs d’horizon divers, du Québec et d’Europe, ont présenté leurs recherches sur l’engagement des jeunes dans divers sphères de leur vie. Chaque intervenant partait de son point de vue pour tenter de construire une perspective commune sur l’engagement, un exercice souvent périlleux puisque les sociologues, les spécialistes du monde de l’éducation et les politologues n’ont pas nécessairement la même vision de la question, mais c’est aussi ce qui fait la richesse de telles journées. Nous étions tous réunis dans une auberge dans la magnifique région de Charlevoix, à Baie-Saint-Paul (il y restait encore de la neige…). Le tout était organisé par l’Observatoire Jeunes et société de l’INRS et sa directrice Nicole Gallant.

Il serait prétentieux de ma part de tenter de résumer nos travaux, d’autant plus qu’il reste tant à faire. Plusieurs axes de réflexions se sont dégagés, alternant entre l’engagement collectif et l’engagement individuel, entre le choix conscient de l’engagement et sa réalisation. J’aurai l’occasion d’en reparler puisque des projets de publications sont en préparation.

Coïncidence, ces travaux se réalisaient alors que la grève étudiante était encore loin d’être terminée. Les étudiants québécois étaient toujours aussi déterminés. Comme le soulignaient les étudiants qui assistaient à notre colloque, l’attitude du gouvernement Charest est à dégoûter de l’engagement ! Aujourd’hui, le gouvernement a suggéré une modification de son projet d’augmentation des droits, qui a immédiatement été rejetée par les représentants étudiants. Et les arrestations se poursuivent

I participated in a very interesting seminar during the last two days and half, in Baie-Saint-Paul, Quebec. More than thirty scholars from Quebec and Europe, discussed about the concept of involvement in the all spheres of life of the young people. It was very challenging, even more when you know than Quebec students strike is not over yet. The Premier presented a new offer today, but it was rejected by the students. I think the next days will be crucial


Avoir 20 ans…

26 avril 2012

Journée « Avoir 20 ans en 2012 » sur les médias de la RTBF aujourd’hui. Bien que je sois au Québec en ce moment, j’y ai mis mon grain de sel

On French Belgian radio and TV today, special reports on youth in 2012. Even though I am in Quebec, I collaborate to the reflection.


Les bureaux doivent tous fermer en même temps…

22 avril 2012

Élections Canada

C’était prévu : la RTBF, comme d’autres réseaux certainement, donnent les premiers résultats du premier tour des élections présidentielles françaises bien avant 20 heures. Rien ne sert de crier au scandale. Les journalistes ont l’information, ils vont la diffuser, les citoyens vont regarder. À l’heure d’Internet, rien n’empêche un citoyen français qui peut encore voter de le faire à la dernière minute en connaissant les candidats en avance.

Sauf, sauf si… les bureaux ferment tous en même temps. C’est l’enseignement à tirer des expériences des pays partagés entre plusieurs fuseaux horaires. Au Canada, par exemple, le résultat de la course était pratiquement connu il y a quelques années avant que les citoyens des provinces de l’Ouest aient terminé de voter. Rien pour encourager la participation ! Le Directeur général des élections a finalement décidé de décaler l’heure de fermeture des bureaux de vote dans les années quatre-vingt-dix. Cela ne permet pas à tous les bureaux de fermer en même temps, mais c’est déjà une amélioration, bien que le système soit encore critiqué

This article discusses the problem of having different closing times for polls during general elections. The only solution is to adopt a system like the Canadian one, where polling stations are open late in the East to balance the voting time in the West. But the system has its critics.


Manifestations étudiantes – suite

21 avril 2012

By Riba (Own work) (CC-BY-SA-3.0)

Le boycott (ou la grève) des cours par les étudiants de certaines facultés se poursuit toujours au Québec. Les défilés pacifiques laissent maintenant place à de la violence. Une certaine désinvolture affichée hier par le Premier ministre à l’occasion d’un lunch avec des gens d’affaires risque de marquer un tournant dans les événements. Le site web de la RTBF fait aujourd’hui un compte rendu assez objectif de la situation. Pour une version plus critique des événements, on pourra lire le dernier texte d’André Pratte, éditorialiste de La Presse. Pour l’heure, on ne semble pas voir d’issue à la crise…

Student strike is still going on in Quebec, closing several Departments in Quebec universities. Yesterday, a speech given by the Premier Jean Charest didn’t help to calm violent events. Do they really want to find a solution?


Voter à 16 ans, un droit ?

21 avril 2012

Ce court texte a été écrit pour Newsring.fr. Short English translation below.

© Eelco.H

Pourquoi donner le droit de vote à 16 ans ? Personne ne le revendique ! Les jeunes de cet âge s’intéressent-ils assez à la politique et sont-ils prêts à voter ? En fait, poser ainsi simplement la question est plus problématique qu’on ne le pense… Selon cette logique, il faudrait peut-être penser alors à relever le droit de vote à 21, voire 25 ans, et même pourquoi pas, à le retirer à la fin de la vie, où les taux de participation sont encore plus faibles ? En effet, c’est autour de 35-55 ans que la plupart des citoyens s’intéressent à la politique, pour toutes sortes de raisons liées au cycle de vie.

Dans un sondage que nous avons réalisé en Belgique francophone en 2009, 8 jeunes sur 10 se prononçaient spontanément contre le droit de vote à 16 ans. Surprenant ? Pas vraiment. Une telle question, peu discutée et engageant plusieurs dimensions de la vie d’un individu, se mesure mal à l’aide d’un sondage classique. Tous les arguments en faveur et en opposition doivent être connus et discutés. Et c’est ici que la chose devient intéressante. Lorsque des groupes comme le Conseil de la jeunesse francophone de Belgique ou la Conférence jeunesse de l’Union européenne de la présidence danoise s’interrogent sur le droit de vote à 16 ans, c’est d’abord dans le but de stimuler les discussions sur cette question. Autoriser aujourd’hui le droit de vote à 16 ans serait difficile (même si l’Autriche l’a bien fait à tous les niveaux électoraux en 2007, ne l’oublions pas) ; par contre, l’inscrire dans une politique où, dans le cadre d’une éducation citoyenne, les jeunes seraient davantage initiés aux débats, aux questions sociales, au vote aussi, voilà ce qui aurait tout son sens. C’est ce que réalisent eux-mêmes les jeunes engagés.

Penser la question en terme de droit, à notre avis, brouille trop les cartes. Il faut la voir dans le cadre d’une réflexion plus large pour stimuler l’intérêt politique chez les jeunes, par le biais de la famille, bien sûr, mais surtout de l’école. Parler du vote à 16 ans serait ainsi, paradoxalement, une mesure permettant de contrer le désintérêt de nombreux jeunes à la politique.

This text was written for Newsring.fr. It presents quickly some arguments « in favour » of the right to vote at 16. First of all, it must be recognised that few young people claim this right. In fact, they are not interested in politics at all! But if we only consider this argument, perhaps the 35-55 should be the only citizens allow to vote, because it’s the most active period of interest in politics. No really, using a survey for measuring the will of the youth – and the whole population – on this issue is problematic: they haven’t really thought about the issue before answering such a question. This is why youth organisations which agree with this idea claim first of all a real debate on the issue. This attitude is mature, because it would be difficult to implement it (although Austria did it in 2007). In fact, lowering the right to vote could be perceived as a dynamic in our education system to initiate the youth to debates, social issues, even the processes of voting. It could look as a paradox, but giving the right to vote at 16 could be a way to reduce the disinterest of youth in politics…